04.02.2014 / Articles, Votations / Famille /

Initiative populaire: financer l’avortement est une affaire privée

Au cœur des « affaires » fortement médiatisées qui ternissent l’image de notre canton, il y a un débat bien plus fondamental qui préoccupe, ou devrait préoccuper, les Valaisannes et les Valaisans. C’est celui du financement de l’avortement. Or, il faut en convenir, cette initiative, soumise au vote populaire le 9 février prochain, suscite un réel embarras dans de nombreux milieux. Au fil des interventions des initiants et des opposants, l’on souhaiterait presque pouvoir se déterminer par un "oui mais" ou un "non, mais".

Commençons par le «mais». Chacun s’accorde à dire qu’il faut baisser le nombre d’avortements en Suisse. Or ni l’initiative ni le statu quo n’apportent de vraies solutions aux 4000 femmes de moins de 25 ans qui, en situation de détresse, avortent chaque année dans notre pays. Lorsqu’on sait que deux grossesses sur trois débouchent sur un IVG chez les jeunes filles de 15 à 19 ans, soit 14 fois plus que dans les autres tranches d’âge, on ne peut s’enorgueillir d’avoir un taux d’avortement bas en comparaison d’autres pays européens. Et que fait-on pour le 25% des Valaisannes (33% sur Vaud) ayant avorté qui se retrouvent confrontées à un 2eIVG ? Ce taux élevé traduit bien les limites des mesures actuelles de prévention et de conseil. Enfin, quand est-ce qu’on impliquera de manière responsable le géniteur, souvent aussi jeune que la future mère, dans ce qui constitue un moment extrêmement fragile de la vie ?

Que l’on dise oui ou non à l’initiative, ces situations précaires et bien réelles ne seront pas résolues. Un vrai geste de solidarité serait, au soir du 9 février, de s’engager pour des mesures concrètes de soutien et d’encadrement des personnes concernées. Et elles existent ! Obligation de consultation pour le couple, constitution d’un fonds cantonal de proximité, création d’un centre de compétence, aide au logement et à la formation, soutien aux associations étatiques et privées oeuvrant pour la vie, les jeunes parents et l’adoption, politique familiale centrée sur une fiscalité allégée et la conciliation vie familiale et professionnelle, … voilà autant de propositions qui relèvent d’une éthique digne de notre pays.

Cependant l’éthique semble la grande absente de ce débat. Du côté du oui, prétextant que le financement de l’avortement est une affaire privée, on mêle portemonnaie et conscience. Du côté du non, prétextant éviter toute moralisation, on refuse de voir une pente glissante qui mène à une banalisation de ce qui est déjà considéré par le planning familial en France comme un acte médical semblable à un autre.

Dans cette optique, ce n’est pas faire preuve de faiblesse que de renvoyer avec respect chacune et chacun à sa liberté de vote, selon ses convictions et sa conscience, en rappelant cependant l’urgence de vraies mesures d’aide.

Dans son discours à l’Assemblée nationale française, Simone Veil disait : « Je le dis avec ma conviction, l’avortement doit rester l’exception, l’ultime recours pour des situations sans issues ». N’est-ce pas le rôle d’un Etat social, libre et prospère de trouver des issues pour tous ?

Benjamin Roduit, vice-président du PDCVr