17.03.2017 / Articles / Economie /

La Suisse, un pays alpin par excellence

Si la série télévisée Heidi a remporté autant de succès, les montages suisses y sont pour beaucoup. L’histoire de la petite fille des Alpes est en effet une véritable success story. Elle a créé un mythe typiquement suisse. La vie à la montagne, naturelle et saine, y est opposée à la vie citadine source de stress. Pourtant, aujourd’hui les régions de montagne souffrent de la situation économique et des décisions populaires et il impératif d’aider ces dernières à se construire un avenir en développant des projets novateurs.

Depuis l’acceptation de l’initiative Weber, l’évocation du terme « résidence secondaire » suffit à donner de l’urticaire à une bonne partie des gens qui vivent dans les régions de montagne. La décision de limiter les constructions a été vécue dans ces régions comme un frein au développement. Avenir Suisse estime pourtant que les 350’000 à 400’000 logements existants qui parcourent les Alpes et l’arc jurassien sont une chance pour la croissance. Selon Avenir Suisse, des modèles de location novateurs comme Airbnb permettraient un tourisme durable en utilisant des objets qui sont déjà à disposition. Et Avenir Suisse va même plus loin. Elle propose d’intégrer les propriétaires de résidences secondaires pour dynamiser les régions de montagne.

Favoriser le développement durable

Certes, l’initiative Weber a eu de tels effets négatifs pour nos régions de montagne que toutes les pistes doivent être analysées. Pourtant, permettez-moi de rester sceptique quant aux suggestions d’Avenir Suisse. En effet, j’ai bien du mal à imaginer un propriétaire s’engager pour le développement de la station dans laquelle il a sa résidence secondaire. Certes ce dernier contribue économiquement de manière importante aux cantons alpins. En tant qu’hôte fidèle, il consomme, investit et soutient le commerce local et maintient ainsi des places de travail. Mais contribuer à l’essor économique d’une région n’est pas forcément synonyme d’engagement personnel et humain envers une population ou une région. L’engagement peut être partiel ou total et l’objectif premier des propriétaires de résidences secondaires consiste avant tout à s’échapper du tumulte de la ville le temps d’un weekend pour admirer la vue magnifique de nos régions de montagne dans le calme et la sérénité. Malgré le caractère poétique de cette réalité, elle ne correspond pas vraiment à un engagement pour la collectivité.

Comment donner un nouveau souffle aux régions de montagne ? En appliquant les principes fondamentaux du développement durable qui consistent principalement en :

  • La prise en compte intégrée des aspects sociaux, écologiques et économiques
  • L’adaptation aux spécificités locales, mais dans une perspective globale
  • Une vision à long terme

En milieu rural, le nombre de communes qui ont intégré le développement durable dans la politique communale a plus que doublé depuis 2004. Pour ce qui est de la population, ces communes rurales ne représentent certes que 5,5 % de la population. Compte tenu de la superficie concernée, elles revêtent toutefois une grande importance pour des thèmes tels que le tourisme, l’agriculture, les forêts et le paysage. De plus en plus de petites communes rurales s’unissent pour entamer ensemble une démarche de développement durable. Les coopérations touchent des domaines tels que l’organisation du territoire, l’agriculture, la valorisation des produits régionaux ou le tourisme durable. Une banque de données nationale actualisée régulièrement répertorie les démarches engagées dans les cantons et les communes. De plus, en Suisse, 95 communes alpines s’engagent en faveur du développement durable dans le cadre du réseau « Alliance dans les Alpes ». Les échanges de savoirs et d’expériences entre les communes constituent un élément important pour le développement durable au plan communal.

L’innovation et le développement assurent l’avenir des régions de montagne

Innover, unir les forces, utiliser mieux le potentiel, ce sont des lignes directrices qui semblent raisonnables. Cela devient plus discutable lorsque Avenir Suisse propose d’intégrer davantage les propriétaires de résidences secondaires dans le processus de mue économique de ces régions. En effet, si certains de ces propriétaires ont développé avec les années une proximité avec les habitants locaux, la plupart, et c’est légitime, ne souhaitent que passer du bon temps dans leur bien immobilier d’altitude. Pour assurer l’innovation et le développement dans les régions de montagne il faut bien plus qu’une meilleure intégration des propriétaires de résidences secondaires dans les communes. À ce titre, la nouvelle politique régionale de la Confédération (NPR) répond à ce besoin. En effet, elle vise à stimuler la capacité d’innovation et à renforcer, par l’accroissement de la valeur ajoutée, la compétitivité nationale et internationale des régions soutenues. Les cantons ont mis l’accent sur deux priorités thématiques, à savoir la promotion de l’esprit d’entreprise et de l’innovation dans l’industrie et l’artisanat et le soutien au changement structurel dans le tourisme, deux secteurs économiques traditionnels majeurs qui sont de véritables moteurs de développement dans les zones éligibles de la NPR.

La solidarité est essentielle

Malgré l’urbanisation de la Suisse, les régions de montagne représentent l’âme de notre pays et il faut laisser une chance à la population de montagne de pouvoir y vivre. La population de montagne contribue par ailleurs fortement à la préservation de nos paysages et de notre culture. Dès lors, il semble complexe de considérer que les attentes et intérêts des propriétaires de résidences secondaires rejoignent celles de la jeune génération qui ne demande qu’à y vivre et, par conséquent, à travailler dans leur région d’origine. Que celles et ceux qui passent du temps dans la région souhaitent contribuer au soutien des régions de montagnes est tout à fait honorable, encore faut-il réussir à fédérer des gens d’horizons et de sensibilités totalement différentes. Je crois davantage aux impulsions locales avec le soutien de ces amis plutôt que l’inverse.

Les habitants de nos vallées ne demandent qu’une seule chose, que nous les laissions tirer parti des avantages que leur offre la nature et le paysage en appliquant des stratégies adéquates pour maintenir la compétitivité des principales activés économiques de leur région. Si le peuple suisse en décide autrement, il porte une responsabilité dans le dépeuplement de ces régions et sera obligé d’accepter des solutions novatrices même si elles ne sont pas pleinement en phase avec leur idéal du week-end.

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