27.09.2017 / Articles / /

« Evolène n’est pas au bout du monde »

Depuis le 1er janvier 2017, elle préside la commune d'Evolène. Rencontre aux Haudères avec Virginie Gaspoz, qui nous parle de sa nouvelle fonction, de sa commune et de ses ambitions.

 

 

Portrait

29 ans

 

Mariée, 1 enfant

 

Titulaire d’un Master en politique et management public

 

Présidente de la commune d’Evolène

Si tu étais…

 

Un livre : Orgueil et préjugés, de Jane Austen

 

Un film : La vie est belle, de Roberto Benigni

 

Une chanson : L’hymne De Nos Campagnes de Tryo

 

Présidente d’une autre commune : Celle de Zermatt

 

Une personnalité de la politique Fédérale : Pascale Bruderer

 

Une personnalité de la politique internationale : Kofi Annan

 

Un lieu : Lannaz, petit hameau en face d’Evolène

 

Un personnage historique : Confucius

 

Un événement : les JO d’hiver

Tu commences ta carrière politique directement à la présidence d’une commune, ce n’est pas banal, pourquoi as-tu accepté de te présenter à ce poste ?

Le parti a su se montrer convaincant ! (rire) J’ai accepté parce que ça touche directement la politique communale et j’avais l’impression que les compétences acquises durant mes études pouvaient être mises à profit pour faire avancer la commune. On touche à du concret, on a contact avec la population, et ça m’intéressait beaucoup après avoir travaillé dans le domaine de l’audit où j’avais un tout autre rôle. Je considérais aussi cette fonction comme un emploi, ce qui a compté au moment où j’avais décidé de quitter la Berne fédérale pour revenir vivre dans ma commune avec un projet familial.

Après quelques mois de présidence, qu’est-ce qui t’enthousiasme le plus dans cette fonction ?

C’est le contact avec les gens et la qualité des échanges, des discussions, que ce soit avec mes collègues du conseil communal, avec l’administration, avec les autorités des autres communes ou du canton, et surtout avec les citoyens de ma commune. Les thématiques ne sont pas toujours faciles, mais l’intérêt est réel.

Et que trouves-tu le plus difficile ?

L’inertie et la lourdeur administrative. Il y a tant de procédures à respecter, d’étapes à franchir, que les processus sont lents. J’avais fait des cours de gestion de projet mais c’est seulement quand on est confronté à des choses concrètes qu’on se rend compte du temps réellement nécessaire pour faire avancer un projet. J’apprends la patience.

Selon toi, quel est le dicastère le plus intéressant dans un exécutif communal ?

Ce qui est le plus intéressant est ce qui est lié à l’actualité politique, donc ça varie. En ce moment, c’est vrai que le dicastère de l’aménagement du territoire est assez crucial. Les constructions également avec la nouvelle loi qui va entrer en vigueur. Ce sont des dossiers compliqués et qui ne sont pas du tout dans mes compétences à la base, mais ça les rend d’autant plus intéressants parce que j’apprends beaucoup.

Quel est le projet qui te tient le plus à cœur pour cette législature ?

Ce serait de pouvoir réaliser un centre médical. Le problème qu’on a actuellement, c’est que nos trois médecins communaux ont atteint l’âge de la retraite, mais heureusement pour nous ils continuent à travailler. On espère mettre en place un projet de partenariat public-privé pour créer un centre médical sur la commune, mais on est conscient que le recrutement des médecins risque d’être très compliqué. C’est le problème de beaucoup de communes, on le voit, et elles n’arrivent pas toujours à trouver des solutions. Mais si on pouvait offrir à la population un peu plus de sécurité du point de vue de la santé, ce serait bien. Comme pour l’EMS, les dossiers qui concernent la santé sont des dossiers où les gens attendent des réponses de la commune. Et c’est crucial pour maintenir la qualité de vie et l’attractivité de notre fond de vallée.

Quel est le plus gros défi auquel Evolène sera confronté ces prochaines années ?

Le tourisme. Premièrement en raison des remontées mécaniques. On a trois sociétés de remontées mécaniques distinctes. La commune finance leurs pertes depuis des années sous forme d’un montant fixe. On a décidé de prolonger ce mode de financement pour une année encore, mais on recherche de nouvelles pistes afin d’utiliser les fonds à bon escient. Il faut voir ce qu’on peut faire pour optimiser tout en essayant d’être le plus objectif possible. C’est bien beau de dire que si on ferme un domaine, on a bien assez d’autres choses, mais pour le moment, le tourisme doux a de la peine à séduire. On ne cherche pas un tourisme de masse non plus, mais on se rend compte qu’il faut qu’on trouve des événements ou des infrastructures qui attirent des gens pour remplir nos hôtels et louer nos résidences secondaires. C’est crucial de maintenir ces emplois et ces établissements pour que notre commune continue à vivre. C’est d’après moi le premier moyen de lutter contre l’exode rural. La commission tourisme avait déjà établi une vision stratégique pour 2020-2025, mais il faut gentiment qu’on voie plus loin et qu’on sélectionne les projets. Il y a beaucoup d’idées, mais on doit déterminer où ça vaut la peine d’investir, parce que, forcément, ce sont chaque fois de gros investissements. Pour cela, il faut une vision et c’est ce qu’on va devoir développer ces prochaines années.

Est-ce différent de présider une commune de montagne ou une commune de plaine ?

Je pense que oui du point de vue des thématiques. Mais plus que les communes de montagne par rapport aux communes de plaine, je dirais que c’est différent de présider une grande ou une petite commune. Ici, on a encore la chance de connaître la plupart des gens. Je peux imaginer que si on est président d’une ville, la plupart des habitants, on ne les connaît pas. Nous sommes donc beaucoup plus proches du citoyen et dans le sens-là, je pense que l’agenda est aussi différent.

Si tu devais convaincre quelqu’un de venir habiter ta commune, que lui dirais-tu ?

Déjà j’essaierais de lui dire qu’Evolène n’est pas au bout du monde, mais seulement à 25 minutes de Sion. C’est un peu pour la boutade, mais c’est vrai qu’on a de la peine à se défaire de ce cliché d’être le bout du monde. Sinon je dirais que c’est pour la qualité de vie. On est une commune de montagne, mais on a tout sur place : des médecins (pour le moment, mais on espère aussi à l’avenir), une pharmacie, des commerces, beaucoup de sociétés locales qui sont très dynamiques, de manifestations organisées, etc. Il y a également beaucoup de cafés-restaurants. Par rapport au nombre d’habitants, je pense que c’est même une exception. Ça montre que les évolénards aiment bien sortir, qu’ils sont bons vivants. C’est aussi intéressant de vivre dans une commune où on peut sortir manger sans devoir prendre la voiture. La nature, enfin, est aussi bien préservée. Presque trop. Grâce ou à cause de certaines organisations écologistes, mais ça fait aussi qu’on a un environnement magnifique.

Tu es devenue maman quelques semaines après le début de ton mandat, comment concilies-tu ces deux nouvelles vies ?

Le fait que ce soit une activité à temps partiel permet de s’organiser. J’ai ma maman et ma belle-mère qui sont sur place et qui gardent mon fils tous les après-midis. Le soir, c’est le papa qui le récupère quand j’ai des séances. Au niveau de la charge mentale, c’est assez idéal parce que les premiers mois, j’avais de la peine à laisser les soucis au bureau. Je rentrais et je cogitais encore toute la nuit. Maintenant, quand je rentre à la maison, j’ai tellement de choses à faire avec mon fils que les soucis, la plupart du temps, je les laisse au bureau. Inversément, je sais que le petit est entre de bonnes mains, donc quand j’arrive au bureau, j’arrive vraiment bien à faire la part des choses.

Envisages-tu de t’investir un jour au niveau cantonal ou fédéral ?

Un jour peut-être, parce qu’il ne faut jamais dire jamais, mais ce n’est pas du tout un projet pour le moment.

Et pour finir, si tu pouvais faire un vœu pour ta commune, pour ton canton et pour ton parti, lesquels seraient-ils ?

Pour ma commune, j’espère qu’on arrivera à trouver des solutions pour permettre à la population de continuer à trouver du travail ici, et de stopper l’exode. Pour le moment la population plafonne. Il y a des départs et des arrivées toutes les années, mais la plupart des gens qui déposent leurs papiers sont des personnes qui avaient une résidence secondaire et qui viennent en résidence principale à la retraite. Par contre, on a beaucoup de jeunes qui préfèrent déménager en plaine. L’exode rural met aussi en danger tout ce qui fait la qualité de vie à Evolène : les commerces et des sociétés dynamiques. Ça participe aussi au tourisme, car que ce soit pour les commerces ou pour les manifestations, il faut qu’il y ait des habitants sur place. On ne veut pas devenir un endroit où il n’y a que des résidents le week-end et le reste de la semaine c’est mort.

Pour mon canton, je pense qu’il est sur la bonne voie, mais je souhaite qu’il continue à mettre la priorité sur la création de places de travail. C’est vraiment capital. J’ai été pendulaire et je connais aussi beaucoup de valaisans qui travaillent hors canton et qui aimeraient bien revenir. Ce sont des forces de travail qu’on perd faute de places de travail. Je souhaite aussi qu’on se rende compte qu’on doit travailler de pair avec les autres cantons. Les discours des gens qui prônent presque l’indépendance, c’est quelque chose qui me dérange. C’est peut-être aussi le fait d’avoir vécu hors canton et de se rendre compte qu’on n’est pas tout puissant.

Pour mon parti, je souhaite qu’il clarifie peut-être sa ligne même si j’ai l’impression que c’est en bonne voie. Sinon, qu’il continue à encourager la mixité et le fait qu’il y ait des gens de tous âges. C’est aussi en bonne voie et c’est bien. Avant, nous étions quand même le parti décrié parce qu’il n’y avait pas ou peu de femmes, alors qu’aujourd’hui, la plupart des présidentes de communes portent les couleurs PDC. Les JDC font également un bon travail pour impliquer les jeunes. Je ne fais pas de la politique pour être un exemple, mais je me dis que si ça en fait un, c’est tant mieux.

 

Merci à Virginie pour cet entretien réalisé le 7 septembre 2017 aux Haudères.