10.11.2017 / Articles / Responsabilité sociale /

Le personnel soignant est malade

Le personnel soignant en Suisse est malade. Les experts se succèdent à son chevet mais le diagnostic reste le même.

Les symptômes sont évidents : de fortes courbatures provoquées par la charge de travail, des migraines dues au stress, un épuisement notoire lié aux manques de ressources. Le diagnostic est posé : le système des soins souffre d’une pénurie de personnel infirmier. Cette pénurie continue à progresser de manière alarmante. Si aucun traitement n’est administré, la situation va dégénérer. La qualité de nos soins est remise en question. La sécurité des patients est en danger. Il est nécessaire d’intervenir.

Une lecture précise des effectifs et des besoins en personnel livre un diagnostic inquiétant. Actuellement, seulement 56% du besoin en personnel sont formés pour toutes les professions de soins confondues. Encore plus alarmant, le taux de couverture tombe à 43% pour les infirmières. Si aucune mesure supplémentaire n’est envisagée, les symptômes vont encore s’aggraver. Il est impératif de prendre plusieurs mesures. Une remise en question globale paraît indispensable.

Les besoins en relève de personnel infirmier sont le résultat de deux variables : les besoins additionnels et les besoins de remplacement. D’un côté, les besoins additionnels semblent inévitables (besoins en effectif additionnels environ 65’000 personnes d’ici à 2030 selon l’OBSAN). L’évolution démographique et la hausse des maladies chroniques sont connues et reconnues. D’un autre côté, les départs à la retraite (environ 44’000 d’ici à 2030 selon l’OBSAN) et les sorties précoces de la profession gonflent les besoins de remplacement. En Suisse, un tiers du personnel infirmier de moins de 35 ans et plus de la moitié du personnel infirmier de plus de 50 ans ont quitté la profession. La formation ne peut pas combler le fossé qui se creuse entre les besoins et le personnel formé. D’autres mesures doivent être envisagées.

Différentes synergiques se dessinent pour une seule solution durable. D’abord, les investissements en matière de formation doivent être augmentés, comprenant la rémunération des étudiants. Ensuite, une amélioration des conditions-cadre de travail, pour booster l’attractivité de la profession, est essentielle. Conciliation de la vie professionnelle et de la vie familiale, rémunération et horaires de travail doivent être au centre du débat. Finalement, l’autonomie des infirmier.ère.s doit être renforcée. L’interdisciplinarité, la répartition des compétences entre les différents partenaires médicaux doivent évoluer. Une combinaison synergique de ces éléments a le potentiel de lutter efficacement contre la pénurie de personnel en soins infirmiers. Il est urgent d’envisager ce traitement politique avant que les symptômes ne s’aggravent. La qualité de nos soins en dépend.

L’initiative populaire « Pour des soins infirmiers forts », qui a récolté 120’000 signatures en 8 mois à peine, donne la possibilité au peuple d’améliorer notre système de santé. Les citoyens rempliront l’ordonnance du traitement à administrer afin de lutter contre la pénurie de personnel infirmier et de garantir la qualité des soins en Suisse.