21.12.2017 / Articles / /

Juge de commune: « une activité où l’on apprend beaucoup et où l’on travaille avec l’humain »

Elle est juge de commune à Saillon depuis 2013 et engagée dans les comités du PDC de Saillon et du district de Martigny. Rencontre avec Geneviève Cheseaux, une élue passionnée par une fonction politique très peu connue du public.

Portrait

49 ans

 

Séparée, 2 enfants

 

Employée d’Etat

 

Juge de commune de Saillon

Si tu étais…

 

Un livre : Les Piliers de la Terre de Ken Follett

 

Un film : L’étrange histoire de Benjamin Button de David Fincher

 

Une chanson :Wind of Change de Scorpion

 

Une personnalité de la politique cantonale : Viola Amherd

 

Une personnalité de la politique Fédérale : Karin Keller -Sutter

 

Une personnalité de la politique internationale : Carla Del Ponte

 

Un lieu : un lieu désert d’Ecosse

 

Un personnage historique : Charles Darwin

 

Un événement : la Foire du Valais

 

La fonction de juge de commune est mal connue du grand public, peux-tu nous expliquer en quoi elle consiste ?

Elle consiste à régler les problèmes civils, avant que les cas ne soient soumis au tribunal. On s’occupe aussi par exemple de ce qui est en rapport avec l’hérédité (certificats d’héritier, ouverture de testament, prise de testaments olographes dans l’urgence) et de la mise à ban (protection de la propriété).

Concrètement, ça se passe comment ?

Concrètement, tout doit d’abord passer par une conciliation, pour décharger les tribunaux. On est compétent pour tous les litiges civils, sauf ceux qui relèvent du droit du bail à loyer et du travail. Tout ce qui découle d’autres problèmes, qui ne sont pas réglés par l’exécutif communal  atterrit souvent chez moi : problèmes de voisinage ou de construction par exemple. On intervient toujours sur demande. Spontanément, on ne fait rien. Par contre, dans des cas d’urgence, nous devons intervenir rapidement. Par exemple, s’il y a péril en la demeure et il faut entrer dans une maison, forcer une porte, à Saillon, la police le fait en compagnie de la juge de commune.

Quel pourcentage de travail cela représente-t-il ?

Pour Saillon, qui compte 2500 habitants, ça représente environ 30%. Je pense que la charge de travail est proportionnelle à la taille de la commune. Par contre, la complexité des dossiers dépend de nos habitants.

Combien de dossiers par année environ sont traités ?

Cela dépend des années, mais ça va plutôt crescendo. On a toujours plus de requêtes. Actuellement, je dirais, en tout, autour des 70 dossiers.

Qu’est-ce qui te plaît dans cette fonction ?

L’apprentissage. Chaque litige est différent, ils vont des problèmes de co-propriétaires, liés aux contrats de construction, de versement des pensions alimentaires, en passant par les règlements de  hoiries. Ce sont tous des domaines dans lesquels il faut approfondir ses connaissances, s’investir pour que chaque litige aboutisse à une solution amiable crédible. Si aucune solution n’est trouvée, la loi fait foi !  Chaque cas est différent et c’est aussi formateur parce que c’est un côté de la population qu’on ne connaît pas. On doit entrer dans l’intimité des gens et beaucoup travailler avec l’humain.

Et que trouves-tu le plus difficile ?

Ce qui est difficile, c’est que nous sommes souvent confrontés à des situations lourdes, émotionnellement éprouvantes. D’autant plus qu’on manque d’outils professionnels et de possibilités de se décharger.

Avez-vous des liens avec le conseil communal ?

Les pouvoirs sont séparés, donc nous n’avons que des contacts lors de journées récréatives (rires). Nous avons un lien avec le président parce que c’est aussi le président du pouvoir judiciaire, mais ce n’est qu’en rapport avec des décisions de fonctionnement, nullement pour des décisions judiciaires.

Et avec le pouvoir judiciaire cantonal ?

On en a très peu, voire pas du tout. Lorsque les cas ne sont pas réglés au niveau communal et qu’ils vont plus loin, nous n’avons pas de retour sur la suite donnée aux dossiers.

Es-tu aidée par un greffier ?

Oui, je suis aidée par un avocat. Il travaille selon un tarif horaire, alors pour limiter les coûts, je fais une étude préliminaire avant de faire appel à lui. Je décortique au maximum les dossiers et ensuite nous débattons des détails. Quand il vient en séance, en général, les documents nécessaires sont déjà prêts. Il ne lui reste qu’à mettre les pieds sous le bureau (sourire) .Il apporte surtout des réponses juridiques aux questions que les personnes posent.

Est-ce qu’il y a une collaboration entre les justices communales ?

Non, sauf au niveau de l’APEA. Sinon, c’est plutôt chacun pour soi et Dieu pour tous (rires).

Selon toi, quel est le plus grand défi pour les justices communales aujourd’hui ?

C’est d’avoir une place au sein de la communauté  et des outils. Il faut que l’on nous donne les moyens de bien agir. Après, pour cela, c’est aussi à nous de nous montrer.

Tu as été élue sur une liste PDC, est-ce que ton appartenance politique a une influence sur ta fonction de juge de commune ?

Oui et non. Dans la fonction en elle-même, non. Ce n’est de toute façon pas possible de prendre une décision politique à ce niveau. Mais dans le fonctionnement, oui.

Tu es très engagée dans le PDC de Saillon et de Martigny : qu’est-ce qui te motive à t’impliquer ainsi pour notre parti ?

Déjà parce que je ne fais jamais les choses à moitié. Et ensuite, c’est pour le goût de la politique et l’ambition aussi, peut-être. Du fait qu’il y a un réel besoin de booster la fonction de juge, c’est plus facile d’entreprendre des démarches en étant active   dans les comités de parti.

Envisages-tu de t’investir un jour dans une autre fonction politique, au niveau communal, cantonal ou fédéral ?

Oui. Le législatif m’intéresse beaucoup. Il me semble que ça me correspond mieux. L’exécutif pour l’instant ne me parle pas, mais il ne faut jamais dire jamais.

Et pour finir, si tu pouvais faire un vœu pour ta commune, pour ton canton et pour ton parti, lesquels seraient-ils ?

Pour ma commune, j’aimerais un bourg plus animé. On est bien situé, on a un joli confort, mais on manque un peu de dynamisme, on ne se connaît pas ou plus. Ce serait sympa qu’on se reconnaisse à travers le village.

Pour mon canton, je dirais le développement du tourisme, qu’on soit tous (agriculteurs, entrepreneurs, politiciens, hôteliers, restaurateurs, citoyens etc..) acteurs dans cette branche, chacun à son niveau, qu’on arrête de râler sur ce qu’on n’a pas, qu’on se concentre sur nos belles richesses ; et que chaque valaisan – valaisanne porte avec fierté sa région, son terroir, pour le bien de notre canton du Valais.

Pour mon parti, je souhaite que nous conservions nos sièges et surtout que le travail que nous faisons tous de notre mieux soit apprécié.

 

Et pour vous tous de très belles fêtes !!

 

Propos recueillis à Saillon le 29 novembre par Marie Gaillard