15.01.2018 / Articles / /

Initiative « No-Billag », la fin de la diversité médiatique suisse.

Le peuple suisse se prononcera le 4 mars prochain sur l’initiative « No Billag » qui vise à supprimer la redevance.

En dehors de mon mandat de député-suppléant au Grand Conseil valaisan, j’anime une émission sur Canal 9 intitulée « Au taquet ». Ce programme, diffusé quatre fois par année a pour objectif de faire découvrir les jeunes valaisans qui font l’actualité de notre canton. La totalité de l’émission est réalisée par des bénévoles. Canal 9 a toujours prôné la formation au sein même de sa chaine. En cas d’acceptation de l’initiative « No Billag », Canal 9 est amenée à disparaitre de nos écrans. Au-delà de la fermeture de ce média, qui vit de la redevance à hauteur de 52%, il s’agit de la formation aux métiers de l’audiovisuel qui disparaitra. Aujourd’hui de nombreux jeunes, dont j’en fais partie, bénéficient de cette formation gratuite dispensée par Canal 9. La chaine régionale nous a donné l’opportunité de produire notre propre émission dans son intégralité. De plus Canal 9 poursuit l’objectif du gouvernement valaisan sur le bilinguisme avec une diffusion en français et en allemand.

Au-delà de Canal 9, c’est l’ensemble des minorités linguistiques suisses qui seraient les grandes perdantes de l’acceptation de l’initiative. Par exemple, la Suisse romande paie environ 22% de la redevance mais les médias touchent en retour pas moins d’un tiers de la redevance totale. L’ensemble des médias romands sont appréciés par les auditeurs et les téléspectateurs selon plusieurs sondages. En cas de « oui » à cette initiative, 19 médias romands sont menacés directement de fermeture. 13’500 postes de travail pourraient tout simplement disparaitre au nom d’un libéralisme à tout va.

Enfin, c’est également la Suisse la grande perdante de cette initiative. Son rayonnement à l’étranger, grâce notamment à TV5 Monde, serait impossible à conserver avec 75% de budget en moins pour la SSR. De plus, faut-il encore rappeler le professionnalisme de la SSR dans la couverture médiatique des grands évènements sportifs ? Notre chaine nationale a été choisie pour la retransmission des épreuves de ski alpin durant les jeux olympiques depuis de nombreuses éditions. L’argument avancé par l’USAM (Union Suisse des Arts et Métiers) concernant l’éventuel financement de certaines émissions de la SSR est fallacieux et induit le quidam en erreur. Il est inenvisageable que la Confédération paie la SSR – ou ce qu’il en restera– pour diffuser du ski alpin, voire nos éventuels futurs Jeux Olympiques valaisans. Finalement c’est le fédéralisme qui est remis en question par cette initiative. Cette redevance représente pleinement l’entraide qui existe dans la répartition des différents besoins entre les régions suisses. Le libéralisme prôné par certains magnats de la politique zurichoise notamment reflète uniquement leur envie cupide d’obtenir le pouvoir des médias, ni plus ni moins, et ont su taper où il fallait : sur le porte-monnaie du panier de la ménagère. Mais ce dernier sera automatiquement encore plus affecté si l’on doit payer tout ce que l’on consomme.

En conclusion, il est vrai que les médias se sont peut-être montrés ces derniers temps trop arrogants et qu’ils devront se repositionner en prenant en compte les arguments des initiants de « No-Billag ». Mais c’est une certitude : ce n’est pas en tuant toute forme de service public que l’on pourra trouver une solution. Le 4 mars prochain, je rejetterai l’initiative « No-Billag » et vous invite à faire de même.

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