18.04.2018 / Articles / /

« Ce qui m’enthousiasme, ce sont les échanges qu’on a en séances, sur des sujets qu’autrement je n’aborderais jamais. »

Elu l'an passé député-suppléant au Grand Conseil, le lidderain David Marquis nous livre ses premières impressions après sa première année de mandat. Rencontre avec un jeune élu engagé.

Portrait

 

29 ans

 

Célibataire

 

Technicien qualité

 

Député-suppléant de Liddes

Si tu étais…

Un livre : Liddes, à travers les âges

Un film : Will Hunting

Une chanson : Thunderstruck, d’AC-DC

 

Une personnalité de la politique…

cantonale : Roberto Schmidt

fédérale : Pas une mais deux, deux jeunes pleins de convictions: Philippe Nantermod et Mathias Reynard

internationale : Angela Merkel

 

Un lieu : le col du Grand-St-Bernard

Un personnage historique : John F. Kennedy

Un événement : la 13ème coupe du FC Sion

 

Tu as commencé ta carrière politique il y a une année en étant élu député-suppléant, pourquoi as-tu accepté de te présenter à ce poste ?

J’ai toujours été animé par la cause publique, j’allais régulièrement aux assemblées primaires de mon village. J’en avais marre d’entendre que de toute façon, les jeunes n’en ont rien à faire, qu’ils « traînent les chauques » comme on dit et qu’ils ne s’intéressent pas à leur avenir. Je voulais un peu tordre le coup à ce cliché, en démontrant que les jeunes étaient tout autant capables et intéressés que leurs aînés. J’avais donc envie qu’on reconnaisse la valeur de la jeunesse, mais aussi de donner de ma personne pour défendre les valeurs de nos vallées de montagne. Une belle citation me vient: « Les détracteurs disent que les jeunes ne sont pas concernés par la politique. Ce sont les mêmes qui disent que les jeunes manquent d’expérience. »

Est-ce que tu t’es proposé ou est-ce qu’on est venu te chercher ?

Il y a cinq ans, on était venu me chercher, mais comme je suivais des cours du soir, je ne pouvais pas m’engager. L’année passée, je me suis présenté spontanément en disant que s’il y avait une place éventuelle dans la région, j’étais intéressé. Un mois plus tard, j’ai eu un appel du président du PDC de Liddes, Patrice Michaud, qui m’a dit « on a quelque chose, viens en discuter ».

Après 6 sessions, qu’est-ce qui t’enthousiasme le plus dans cette fonction ?

J’ai de la chance, dans le district d’Entremont, d’être suppléant de très bons députés, avec de l’expérience, et sur lesquels je peux m’appuyer. Ils me donnent la possibilité de siéger au moins une ou deux fois par session au Grand Conseil. Ce qui m’enthousiasme, ce sont les échanges qu’on a en séances, sur des sujets très variés, que si je n’étais pas suppléant, je n’aborderais jamais.

Et que trouves-tu le plus difficile ?

Venant d’un domaine technique et industriel, ce sont les subtilités des modifications de loi. Parfois, il y a juste un mot qui change dans un article, ça parait anodin, je me dis que ce n’est pas grand-chose, mais en fait c’est important. Je n’ai pas cette sensibilité qu’ont les hommes de loi et ça pour moi, c’est le plus difficile. Il y a aussi la conciliation entre mon travail et la politique. Je suis employé d’un géant du ferroviaire sur la Riviera, il n’est pas toujours facile d’obtenir congé en avertissant mon supérieur une semaine à l’avance pour un ou deux jours de session.

Quels sont les dossiers qui t’ont le plus tenu à cœur jusqu’à maintenant ?

Il y en a un en particulier, c’est le projet de développement régional (PDR) du Grand Entremont. Premièrement, il touche ma vallée, mon district et deuxièmement, c’est moi qui ai pu le présenter lors du vote final pour l’obtention du crédit en plénum. Crédit qu’on a d’ailleurs obtenu à l’unanimité du parlement. L’idée de ce PDR est de créer des synergies entre les différents producteurs pour développer des projets communs basés sur la durabilité et la mise en valeur des produits du terroir. Via une association, l’APAGE, on crée des rapprochements, on met en commun les structures et le savoir-faire dans le but d’être auto-suffisant et de ne plus dépendre des subventions fédérales, cantonales et communales.

As-tu déjà déposé des interventions ?

J’ai déposé une question écrite commune avec Joachim Rausis, lorsque le tunnel du Grand-St-Bernard était fermé. Nous avons demandé que l’Etat garantisse le dégagement de la route jusqu’au super St-Bernard, comme d’habitude, malgré la fermeture du tunnel.

Comment se prépare une session du Grand Conseil ?

De mon côté, elle commence à se préparer lorsque l’on reçoit les dossiers, deux semaines avant la session. J’étudie d’abord les dossiers individuellement. Je me concentre surtout sur ceux dont je me sens le plus concerné, qui touchent à ma région ou à des thèmes qui me tiennent à cœur. La semaine précédant la session, on se réunit d’abord le mardi avec les députés et suppléants PDC du district d’Entremont. On met en commun nos idées et nos réflexions sur les différents thèmes et dossiers, on se met d’accord sur nos positions, tout en gardant notre liberté de vote si vraiment on n’est pas d’accord. Le jeudi, on se réunit avec tout le groupe PDC du Bas-Valais pour se coordonner, débattre à nouveau et établir une vision commune au Grand Conseil.

En tant que nouveau suppléant, quelle est ta place au sein du groupe ?

Je suis le remplaçant du député. Le député a donc la priorité pour siéger, mais toutefois, il nous permet d’être présent au Grand Conseil au minimum une à deux fois par session. Le rôle du suppléant, c’est aussi d’apprendre et d’acquérir de nouvelles connaissances. Il faut beaucoup écouter et profiter de l’expérience des députés. Ça ne veut pas dire qu’on n’a rien à dire, on participe comme un député lors des séances de préparations internes, avec le même engagement. Et quand on siège au Grand Conseil, notre voix a le même poids que celle d’un député.

Tu viens d’une commune de montagne, Liddes, est-ce que ça influence ton positionnement au parlement ?

Je pense que oui, quand même. Il ne faut pas créer une frontière montagne-plaine, mais il ne faut pas non plus oublier l’importance de la montagne. Historiquement, la montagne a beaucoup apporté à la plaine. Maintenant, il ne faut pas se laisser entraîner dans un piège où la plaine veut prendre à la montagne ce qui la fait vivre. Je pense surtout aux redevances hydrauliques, mais aussi aux transports publics. En plaine, on a des projets d’agglomération, des cadences à la demi-heure, etc.  Chez nous, maintenant, on a aussi la cadence à la demi-heure jusqu’à Orsières et au Châble, mais la vallée ne s’arrête pas à ces deux villages, il y a tout un réseau postal plus loin à dynamiser et à ne pas oublier.

Pourquoi as-tu choisi le PDC ?

Au départ, l’offre de l’UDC était alléchante. Dans leurs discours, ils défendent la famille et le soutien aux gens qui vivent chez nous en priorité. Puis j’ai eu une expérience personnelle assez enrichissante, celle de voyager. Je suis parti un mois en Inde, tout seul. Là-bas, l’étranger c’était moi, et il n’y avait pas un bonhomme qui me regardait, mais toute la foule, parce que j’étais le seul blanc. Ça m’a remis en question. Je me suis dit que chacun avait sa place dans ce beau monde. Ce qui m’a poussé vers le PDC, c’est que nous pouvons parler de la famille, d’étrangers et défendre des valeurs traditionnelles comme l’agriculture mais en y mettant la manière, avec une sensibilité différente, peut-être moins extrême et sans profiter d’un buzz ou de clichés pour le faire.

Quel est ton avis sur les fusions de commune en Entremont ?

Je serais plutôt favorable à une fusion du Grand Entremont : voir grand plutôt que de commencer petit et s’étendre plus tard. Il faudra voir ce qui sera proposé, mais j’ai aussi un peu peur pour les emplois dans nos villages. Il y aura sûrement moins d’administration. C’est peut-être une bonne chose de rationaliser, mais dans quelle mesure ce sera faite ? Je serai attentif à cette question. Donc oui à une fusion, mais à une fusion discutée, pas faite à la va-vite et qui émane de la population. Ne proposons pas d’emblée un paquet tout prêt ; osons aller discuter avec la population, qu’elle soit consultée avant de formuler un projet. Pourquoi ne pas réaliser un sondage, comme a très bien su le faire la commune de Bourg-St-Pierre,  mais dans toutes les communes d’Entremont?

Et sur les Jeux olympiques de Sion 2026 ?

Le projet olympique pourrait être un projet fédérateur qui rassemblerait les valaisans autour d’un événement sportif. On a vraiment tout pour bien faire. Surtout, on pourrait en profiter pour relancer le tourisme, faire parler du Valais, montrer que nous savons organiser et gérer un tel événement. On a beaucoup de choses à faire valoir et à faire connaître, par ce biais-là, c’est une opportunité.

Envisages-tu de t’investir un jour dans une autre fonction, au niveau communal ou fédéral ?

Oui, je laisse toujours la porte ouverte à cette éventualité. Après, il faudra voir comment je pourrai concilier avec ma vie professionnelle, parce que c’est un engagement prenant. J’arrive à 30 ans, j’ai aussi d’autres projets personnels, alors ce n’est pas l’intérêt qui manque, mais il faudra voir comment les concilier. Je serais intéressé à passer député, parce qu’on peut accéder aux commissions et c’est là que ça se passe. Je ne ferme pas la porte à l’exécutif communal, un travail différent, mais qui doit-être enrichissant. S’il y a une opportunité, je l’étudierai.

Et pour finir, si tu pouvais faire un vœu pour ta commune, pour ton canton et pour ton parti, lesquels seraient-ils ?

Pour ma commune, ce serait qu’elle soit la plus dynamique possible et surtout que les jeunes puissent y vivre et trouver du travail à proximité.

Pour mon canton, ce serait d’avancer avec moins d’esprit de clocher, d’avoir une vision plus unie et moins régionaliste. Pour les projets d’avenir, c’est vraiment nécessaire qu’on soit plus solidaires.

Pour mon parti, comme on sort d’un contexte majoritaire, ce sera de ne pas se reposer sur ses acquis, et d’être plus proactif. Je ne dis pas que ça ne se fait pas, mais je le vois un peu dans nos régions : on est plus souvent sur la défensive par rapport aux autres.

 

Propos recueillis par Marie Gaillard le 10 avril 2018, à Martigny.