
Tel que formulé par les initiants, le choix qui nous est présenté se résume à la protection de la vie contre de menus désagréments administratifs. Demeure réservé l’aménagement prévu, mais pas encore décrit, pour les tireurs du dimanche matin. Dès lors, tout citoyen responsable voulant avoir bonne conscience devra naturellement dire oui.
A y regarder de plus près, les enjeux réels dépassent fortement ceux qui nous sont présentés. Si l’on peut souscrire à l’analyse quand à l’effet de la présence d’armes dans les cas de suicides impulsifs, on peut légitiment douter des arguments concernant la baisse de la criminalité, respectivement des violences domestiques, l’arme de service étant très peu utilisée. Mais ce que l’on doit contester, c’est la contrepartie qui nous est demandée, et qui ne se résume pas à des actes administratifs, mais refonde des éléments essentiels de la relation entre le citoyen et l’Etat.
La législation actuelle reflète la confiance de l’Etat envers le citoyens, à savoir qu’à priori chacun peut posséder une arme, sous certaines conditions. Renverser cette logique, c’est faire un procès d’intention au citoyen et l’obliger à devoir se justifier. Si on voit aisément où une telle approche commence, on peut aussi se demander où elle va nous mener…
Le deuxième aspect découle de la relation du citoyen suisse avec son armée. Une telle initiative repose le cadre des obligations en dehors du service. L’arme à la maison, de même que le matériel personnel, pose la continuité de la relation et le lien indéfectible entre le soldat et le citoyen. Toucher à l’arme à la maison, c’est remettre en cause ce lien.
Honorer la démocratie c’est oser les questions qui illustrent les enjeux que l’on veut poser. Pour y répondre, elle mérite mieux qu’une initiative détournée.
Lamon Christophe
Délégué au PDC suisse