10.03.2016 / Articles / Vieillesse /

Sommes-nous compétents pour trancher dans un domaine aussi sensible?

Disposer de sa propre vie est un droit et une liberté garantis par notre législation. Par extension, aider les personnes à exercer elles-mêmes cette liberté est, en Suisse, un droit reconnu. Droit qui ne peut s’exercer que sous certaines conditions, strictes à l’origine, mais que l’on voit inexorablement évoluer et s’élargir.

Ces deux rappels pour bien situer la portée de la motion « la mort, une affaire privée ? », dont l’acceptation ou le refus n’ajoutera ou n’enlèvera rien à ce droit à l’autodétermination.

Ce qui nous est demandé ici, c’est uniquement de faciliter l’exercice de ce droit, en acceptant que la démarche puisse se réaliser à l’hôpital ou en EMS. Vouloir permettre à la personne qui a fait ce choix, d’exercer cette liberté dans son dernier lieu de vie parait, a priori charitable et empreint de compassion. Mais ce lieu de vie, c’est aussi, dans les EMS surtout, celui de 30, 50, voire 100 autres résidents. 30, 50 ou 100 autres résidents dont certains, pendant plusieurs jours, plusieurs semaines, côtoient, à la table de la salle à manger, au salon de l’étage, ou même dans la chambre commune, la personne dont ils apprendront le souhait, la décision, l’avancement des démarches, le moment du départ. Dont on rappellera, après ce départ volontaire, combien lui était lourd de se sentir inutile, d’être une charge sociale et financière pour sa famille et la société, combien elle craignait la déchéance physique, la dépendance totale d’autrui, combien elle aspirait à une paix méritée. Et on parlera de sa décision comme compréhensible, courageuse, responsable.

En plus de la difficulté de vivre là où l’on sait qu’il y a eu une mort non naturelle, il y aura insidieusement une pression constante, réelle ou ressentie, sur les choix des autres résidents, qui pourraient, en fonction de leur état, de plus en plus douter de leur légitimité à rester en ce monde. Et finalement, vouloir faciliter à quelques-uns, déjà déterminés, l’exercice de leur droit de mourir, limitera à d’autres, la pleine liberté de choisir de vivre, malgré les difficultés, jusqu’à leur fin naturelle.

L’Hôpital du Valais, vient d’édicter une Directive, qui permet au personnel médico-soignant de donner une réponse appropriée au patient sur cette question délicate. La directive respecte le cadre donné par le droit fédéral, les directives de l’Académie Suisse des Sciences Médicales et les recommandations de la Commission cantonale valaisanne d’éthique médicale (CCVEM) en la matière. Il semble y avoir là suffisamment de garanties pour répondre aux aspirations des motionnaires et simultanément, éviter toute dérive.

L’Association valaisanne des EMS vient elle aussi de faire connaître sa position sur ce thème. HVs et AVALEMS estiment tous deux qu’il n’y a pas lieu de légiférer dans ce domaine. Que pour des cas exceptionnels, les possibilités de répondre au souhait de mourir dans la dignité, existent et sont garanties. Légiférer dans des domaines sensibles touchant à l’éthique et la morale c’est toujours se confronter aux risques d’élargissement des intentions premières. Dans ces domaines dans lesquels les limites ne sont pas objectives, mesurables ou quantifiables, l’histoire a montré plusieurs fois qu’on ne dépasse pas les limites, on les repousse, toujours plus loin, et chaque fois avec de bonnes raisons.

Sommes-nous compétents pour trancher dans un domaine aussi sensible ? Sommes-nous plus compétents que les professionnels et éthiciens reconnus du domaine, qui eux estiment qu’il n’y a pas lieu de légiférer, qu’il serait même peu sage de légiférer, et que sans législation, on peut atteindre, les mêmes objectifs que les motionnaires, sans banalisation et tout en évitant les risques inhérents de dérive ?

Le groupe PDCB propose qu’un mandat soit donné aux professionnels, aux commissions d’éthique de se pencher ensemble, avec tout le respect dû aux personnes concernées et à leur entourage, sur le thème plus large de la fin de vie, des soins palliatifs, des fins de vie volontaires assistées ou non, que l’on sait nombreuses en Valais. Dans ce sens, le groupe PDCB déposera une intervention demandant l’octroi de moyens supplémentaires dans le domaine des soins palliatifs.

Le groupe PDCB a combattu la motion « la mort, une affaire privée » pour éviter que soient édictées des règles que l’on sait appelées inexorablement à se détendre. Et il l’a combattue en pensant plus aux autres résidents des établissements, qu’aux personnes qui elles, déterminées, pourront, grâce à l’aide autorisée par la législation, exercer leur droit à l’autodétermination.

Sion, le 10 mars 2016