03.05.2016 / Articles, Votations / Economie /

L’initiative met en péril la cohésion sociale

La cohésion au sein de la société repose sur l’idée selon laquelle seules les personnes qui ne sont pas en mesure de réaliser un revenu permettant une existence digne bénéficient de prestations versées par une assurance sociale ou par l’aide sociale.

L’Etat et les différentes assurances sociales jouent actuellement le rôle de filet de protection, pour celles et ceux qui pour des raisons diverses ne sont pas en mesure de subvenir à leurs besoins. Ce rôle subsidiaire, financé de façon solidaire par les citoyens, fait partie des forces de la Suisse. Avec le revenu de base inconditionnel, chacune et chacun percevrait une prestation de l’Etat sans devoir fournir en contrepartie de contribution à la société, et sans que cela soit un besoin avéré. Cela remet gravement en question le principe de solidarité et doit donc être rejeté. Avec le RBI, la société serait divisée en deux, entre d’une part ceux qui travaillent et contribuent à la société, et d’autre part ceux qui profitent d’un revenu sans travailler. Cette division nuit clairement à la cohésion sociale.

Une attaque contre les vertus travail

Les initiants ventent le RBI comme une solution miracle permettant à chacun de s’épanouir, étant libéré de la nécessité de travailler pour subvenir à ses besoins. La réalité est toutefois plus nuancée.

  • La socialisation apportée par le travail est importante pour tout un chacun, car elle permet de se sentir membre d’une communauté, et d’avoir de nombreux contacts et échanges. Nous en voulons pour preuve que les personnes sans emploi souffrent fréquemment de l’isolement social engendré par leur situation.
  • L’individu existe et se réalise également au travers de ses relations sociales et de son intégration, notamment par l’emploi. Postuler qu’un revenu inconditionnel permettrait à chacun de s’épanouir, car libéré de la pression liée à l’emploi est faux, et surtout très réducteur.
  • La réalisation de soi passe également par la participation à un environnement professionnel et les responsabilités qui en découlent. Les sentiments d’utilité et de contribution qui accompagnent le travail ne peuvent pas être remplacés avec un revenu de base inconditionnel.
  • Le RBI démotive les personnes qui font preuve d’ambition et récompense ceux qui manquent de motivation à Le besoin financier est une source de motivation indéniable.

Comment pourra-t-on garantir que la réelle valeur d’un employé sera récompensée par son employeur ? Un revenu de base représente également une excuse pour un employeur de ne plus reconnaitre ses employés pour leur travail différencié

La porte ouverte à une économie parallèle

La création d’un revenu de base inconditionnel serait la porte ouverte au développement d’activités et d’échanges se réalisant hors de tout cadre formel. Le travail au noir serait encouragé, comme le démontre l’exemple ci-dessous.

Monsieur A travaille à 100% et touche un salaire de 5’000.-. Avec le RBI, son salaire serait inchangé. Le RBI lui serait versé par l’Etat, puis son employeur lui verserait son salaire, déduction faite du montant du RBI, l’employeur versant alors à l’Etat le montant correspondant au RBI.

Monsieur B quant à lui travaille actuellement au noir à 30%, pour un salaire de 1500.-. Avec le RBI, Monsieur B recevrait le RBI, plus l’intégralité de son revenu non-déclaré.

Résultat, l’attrait d’une activité « au noir » augmente, car le revenu de base inconditionnel s’ajoute au revenu de l’activité non déclarée.

Si à l’heure actuelle déjà le travail au noir existe malgré les dispositions légales en vigueur, cette pratique se trouverait donc encouragée par l’introduction d’un revenu de base inconditionnel. Les conséquences seraient particulièrement marquées en terme de pertes fiscales, ce qui ne ferait qu’ajouter des difficultés supplémentaires pour le financement des prestations publiques, y compris du RBI lui-même.