15.09.2016 / Votations / Vieillesse /

Un cadeau empoisonné pour les rentiers modestes

L’initiative AVS+ exige une augmentation de 10% de toutes les rentes AVS. L’objectif était d’améliorer la qualité de vie des rentiers les plus démunis. Il est vrai que le montant des rentes AVS n’a pas beaucoup évolué ces dernières années et que si elles constituent le seul revenu de nos aînés, elles ne suffisent pas. C’est pourquoi notre système de retraite est constitué des trois piliers et prévoit encore la possibilité de demander une aide au travers des prestations complémentaires.

Cependant, l’initiative telle qu’elle a été rédigée ne répond pas à cet objectif puisqu’elle augmenterait les rentes de tous les retraités, quelle que soit leur fortune ! En réalité, elle ne fait rien pour réduire les inégalités puisque la rente d’un ancien directeur de banque augmentera de la même manière que celle d’un agriculteur, d’un professeur ou d’une caissière ! Cette initiative réjouirait bien plus les rentiers aisés, qui n’ont rien demandé, que ceux qui en ont vraiment besoin. Ce système de l’arrosoir a bien plus d’effets pervers que de bons côtés, raison pour laquelle le PDC s’y oppose !

Tout d’abord, cette initiative n’aide en rien les aînés les plus démunis, qui sont déjà au bénéfice des prestations complémentaires. Ils sont moins de 10% en Valais. En augmentant les rentes de 10% ainsi que le demande l’initiative, on réduira les prestations complémentaires du même montant, les prestations complémentaires étant calculées selon les besoins. Pire, certaines personnes âgées risquent de perdre leur accès aux prestations complémentaires ainsi que les autres aides en lien avec celles-ci à savoir les subventions pour l’assurance-maladie, la non assujettissement à certaines taxes comme Billag, etc. Rappelons aussi que les prestations complémentaires ne sont pas imposables contrairement aux rentes AVS.

En période de difficultés économiques, une augmentation des prélèvements salariaux se traduirait inévitablement à l’intérieur des entreprises par une pression accrue sur les charges, par des marges encore plus faibles et surtout par la non-création voire la perte d’emplois. La pression se fera sur les emplois les moins qualifiés, dont on risque soit de délocaliser l’activité, soit d’automatiser au maximum les tâches. Pas très social, n’est-ce pas ? Et encore moins pour les jeunes et les personnes les moins formées ! On ne peut pas sacrifier la jeunesse pour augmenter les rentes de nos aînés ! D’autant plus, contrairement à ce que prétendent les initiants, ce ne sont pas les retraités qui sont le plus susceptibles de tomber dans la pauvreté, mais bien les célibataires et les jeunes familles (surtout dans le cas des ménages monoparentaux) ! On ne peut pas faire peser davantage ce poids sur leurs épaules !

Un autre aspect négatif de cette initiative que l’on ne souligne pas assez est l’impact qu’elle aurait sur les femmes. En effet, qui va être le plus touché par la perte de l’accès aux prestations complémentaires ? Les personnes qui ont le moins cotisé, donc les femmes. Nombre de retraitées se sont consacrées à leur famille, et n’ont cotisé ni à l’AVS, ni au deuxième pilier, sans parler d’un troisième pilier. Au final, elles se trouvent dans une situation bien plus précaire que celle des hommes, et leur situation pourrait s’empirer si elles perdaient l’accès aux prestations complémentaires.